Nine Inch Nails - Pretty Hate Machine //Halo 2/
Sorti le 20 octobre 1989
Rock / Electro / Indus
Pretty Hate Machine est sans doute le CD de Nine Inch Nails dont on parle le moins souvent de nos
jours, The Downward Spiral étant parvenu au statut de disque intemporel, Broken au rang préféré des metalleux et The Fragile, With Teeth et Year Zero (et maintenant
The Slip) se chargeant de faire s'affronter les fans pour déterminer lequel est un chef-d'oeuvre et lequel est l'accident de parcours; tandis que
les EP et CD de remixes se font en général aligner les uns après les autres.
Pourtant on ne peut pas dire que les vieux briscards qui ont découvert NIN fin 1989 aient oublié cet album (comment serait-ce possible ?). Mais pour
ceux ayant rencontré le messie avec des albums ultérieurs, jeter une oreille à Pretty Hate Machine est un choc. La blessure du temps n'a en effet
pas épargné ce dernier et si la plupart des albums de NIN sont intemporels, celui-ci est sans doute le plus ancré dans son époque, même si à
l'époque justement on avait rien entendu de tel.
Attention tout de même, quand je parle de blessure du temps je ne veux pas dire qu'il est difficile de nos jours d'apprécier cet album, mais aux premières écoutes on se dit, putain, c'est de ça que
tout est parti ? Pas que ce soit mauvais (très loin de là) mais devant cette avalanche de beats estampillés "fins des 80's", de synthés et surtout avec cette pochette fluo (qui malgré tout est
finalement assez cool), comment ne pas être un peu effrayé ?
Heureusement que Pretty Hate Machine est un des CD les plus accrocheurs qui soient dès la première chanson. Sans déconner, depuis que Head Like A
Hole a retenti dans ma chambre, impossible de retirer le CD. Il tourne en boucle depuis deux jours chez moi. Sur PHM, on a autant dit qu'il était
accessible que difficilement accessible. Personnellement je l'ai trouvé direct et très prompt à délivrer toute sa saveur (dès la deuxième écoute) ce qui est plutôt étrange après les innombrables
écoutes que demandent ses opus suivants. Pretty Hate Machine est d'abord un CD de musique électronique (tout étant composé par ordinateur et Reznor ayant tout joué) et ensuite un CD de
musique industrielle. Le succès du disque a permis à ces deux genres de musique de sortir de l'underground. Le disque surfe globalement sur la dance industrielle sur laquelle est greffée le chant
de Reznor, plutôt rock, parfois metal, mais toujours juste et puissant.
Head Like A Hole
Le premier titre de cet album est encore aujourd'hui très populaire. Sans doute grâce à son refrain terrible. Une chanson rock, très efficace, qui donne toute la mesure de la hargne dont fait
preuve Reznor dans cet album (hargne qui ne le quittera pas avant... ben elle ne l'a toujours pas quitté). Voir le clip de Head Like A Hole
Terrible Lie
Une chanson assez similaire à la précédente, si bien qu'elles semblent s'enchaîner directement. Là aussi c'est très rock, et là aussi le refrain est extrêmement accrocheur, associé à une mélodie
apocalyptique jouée au clavier. Un grand titre, qui inaugure le dialogue violent entre Reznor et la religion.
Down In It
Sans doute la chanson la plus étonnante de l'album. Si les deux premières s'apprécient aussitôt, celle-ci demande un peu plus de temps. La raison ? Reznor s'y essaie au rap ! Bon aujourd'hui ça
paraît ultra old-school mais ça n'en reste pas moins excellent, encore une fois grâce à un refrain du tonnerre et à la voix de Reznor, tantôt nonchalante, tantôt énervée.
Le clip mérite le coup d'oeil, à condition de ne pas être allergique à l'univers graphique des années 80/90... Voir le clip de Down In It
Sanctified
Là encore, un titre un peu plus difficile à apprécier. Ça démarre sur un rythme de hi-hat sur lequel vient se greffer une basse langoureuse (si c'est bien une basse, je n'ai jamais été doué pour
reconnaître les instruments). Le refrain est assez déstabilisant.
Sanctified semble, aux premiers abords, traiter d'une relation avec une femme. Mais selon Reznor il s'agit plutôt d'une relation avec une pipe à crack ! "Le problème a été réglé" avait-il dit lors
d'une interview après la sortie du disque. Mouais.
Something I Can Never Have
A l'image de l'enchaînement Head Like A Hole/Terrible Lie, Something I Can Never Have semble démarrer directement sur les restes de Sanctified. Les deux chansons utilisent en fond une ambiance
sombre et atmosphérique, sur laquelle débarque le simple piano de cette chanson, et la voix de Reznor, plus belle que jamais et de plus en plus puissante. Ce morceau est l'un des plus étonnants de
l'album et happe directement l'auditeur avec son atmosphère mélancolique et presque effrayante. Riche idée de l'avoir placé au milieu de l'album, tant les deux moitiés semblent graviter
autour de lui. Voir une version studio de Something I Can Never Have
Kinda I Want To
Le caractère dansant et funky de l'album s'était un peu atténué avec les deux précédentes pistes. Kinda I Want To y remédie en faisant basculer le disque dans sa partie la plus intense avec ce
rythme de folie, et, une fois n'est pas coutume, un refrain entraînant.
Soit c'est le fait d'être plongé dans l'album depuis déjà vingt-cinq minutes, soit c'est le fait de ce titre seul, mais avec cette piste on oublie presque que Pretty Hate Machine est sorti en 1989 et on goûte alors son instru électro dans les meilleures conditions.
Sin
Un beat excellent, un morceau qui monte en puissance, porté par une discrète nappe de synthé et surtout la voix de Reznor, résolument parfaite (ça ne saute pas aux yeux à la première écoute mais ça
devient vite une évidence). Peut-être le morceau le plus industriel de l'album. Génial.
That's What I Get
On entend tout d'abord des percussions originales, puis une touche électro survient. Le calme se fait pour l'arrivée du chant (un peu kitsch au début, il est vrai) et le refrain donne tout
simplement des frissons. Un morceau simple et épuré, mais magnifique. Voir un live de That's What I Get
The Only Time
Ou le retour de la basse de Sanctified. Reznor nous emporte aisément et nous dépose dans un terrain que n'aurait pas renié Peter Gabriel. Mais que voulez-vous, cette mélodie qui survient à 2:23 est
géniale et le titre en devient indispensable sur cet album.
Ringfinger
L'ultime titre de PHM démarre sur un son typiquement électro vite rejoint par un kick simple. Une grosse place faite au synthé, pourtant vite écarté
par des guitares saturées. Reznor est toujours aussi bon niveau chant, bref ce morceau termine admirablement l'album sur une cacophonie qui deviendra fréquente chez NIN (oui se sont bien des scratches qu'on entend).
Pour être franc, avant de me plonger dans Pretty Hate Machine, j'avais un peu peur que le tout sonne trop fin des eighties. Si le synthé est
indéniablement omniprésent, si l'album s'écarte difficilement de la dance, il reste aussi indus avec ces guitares saturées (certes discrètes). Mais les textes percutants et le chant déjà incroyable
de Reznor ne pourront que happer n'importe quel fan des halos suivants. Pretty Hate Machine est un disque sombre mais dansant, en apparence léger mais finalement assez grave. Un monstre mécanique dont chaque chanson est
une émanation, Something I Can Never Have en étant la plus glaciale, Head Like A Hole, Terrible Lie et Sin en étant les plus haineuses. Les années 80 ont beau, par de nombreux aspects, avoir été
des années assez nazes, si c'était pour accoucher d'une telle perle que ce Pretty Hate Machine, ça valait le coup.
Note du CD : 5/6 Note de la pochette : 3/6
Tracklisting :
01. Head Like A Hole
02. Terrible Lie
03. Down In It
04. Sanctified
05. Something I Can Never Have
06. Kinda I Want To
07. Sin
08. That's What I Get
09. The Only Time
10. Ringfinger